La certitude sur ses états intérieurs — « je sais ce que je ressens », « je comprends ce qui se passe en moi » — est paradoxalement l’une des postures les moins propices à l’observation. Elle ferme les questions avant qu’elles aient été réellement posées.
Le doute méthodologique, tel que le Laboratoire le pratique, n’est pas un doute sur la réalité des expériences — elles sont réelles. C’est un doute sur leur interprétation, leur catégorisation, les relations causales qu’on leur attribue. C’est l’application, au domaine intérieur, du même scepticisme que la méthode scientifique applique aux données extérieures.
Application pratique
- Traiter chaque observation comme provisoire.
- Formuler des hypothèses plutôt que des conclusions.
- Chercher les contre-exemples — les moments où l’état n’est pas celui que l’on suppose.
Le doute comme outil transforme la relation à l’expérience intérieure. Au lieu de chercher à confirmer ce qu’on croit déjà être vrai de soi, on maintient une curiosité active sur ce qui est effectivement là.
L’effet inattendu de cette posture : elle réduit l’anxiété liée à l’observation. La certitude crée de la rigidité et de la fragilité. Le doute crée de la flexibilité — tout ce qui émerge est une donnée potentiellement intéressante. Cette flexibilité est elle-même une amélioration de la qualité de présence.

