Le ressenti est traité, dans beaucoup de pratiques contemporaines d’introspection, comme une donnée fiable et directement accessible. Il suffirait de « se mettre à l’écoute » pour recevoir une information claire sur son état intérieur. L’expérience du Laboratoire nuance fortement cette hypothèse.
Structure du ressenti
La sensation brute : l’information préconsciente du corps. Rarement accessible directement à l’adulte qui a développé des filtres interprétatifs importants.
La couche interprétative : ce que le sujet « sait » qu’il devrait ressentir dans ce contexte. Cette couche précède souvent la sensation brute et peut la masquer entièrement.
La couche narrative : la mise en récit du ressenti, qui transforme une donnée diffuse en information compréhensible. Cette transformation est nécessaire mais toujours partielle.
La couche évaluative : le jugement sur le ressenti — acceptable, problématique, à changer. Cette couche perturbe l’observation en introduisant un biais d’évitement ou d’amplification.
Implications pour le praticien
- Traiter les ressentis comme des hypothèses plutôt que comme des certitudes.
- Distinguer « je ressens quelque chose » de « je sais ce que je ressens ».
- Accepter que l’observation du ressenti modifie le ressenti observé — et que cette modification est elle-même une donnée.
Le ressenti n’est pas une source de vérité intérieure directement accessible. C’est un signal complexe, bruité, qui demande une méthode pour être intelligiblement traité.

